Chopin
by Maurice Rollinat
Chopin, frère du gouffre, amant des nuits tragiques,⏎ Âme qui fus si grande en un si frêle corps,⏎ Le piano muet songe à tes doigts magiques⏎ Et la musique en deuil pleure tes noirs accords.⏎ ⏎ L'harmonie a perdu son Edgar Poe farouche⏎ Et la mer mélodique un de ses plus grands flots.⏎ C'est fini ! le soleil des sons tristes se couche,⏎ Le Monde pour gémir n'aura plus de sanglots !⏎ ⏎ Ta musique est toujours - douloureuse ou macabre -⏎ L'hymne de la révolte et de la liberté,⏎ Et le hennissement du cheval qui se cabre⏎ Est moins fier que le cri de ton cœur indompté.⏎ ⏎ Les délires sans nom, les baisers frénétiques⏎ Faisant dans l'ombre tiède un cliquetis de chairs,⏎ Le vertige infernal des valses fantastiques,⏎ Les apparitions vagues des défunts chers ;⏎ ⏎ La morbide lourdeur des blancs soleils d'automne ;⏎ Le froid humide et gras des funèbres caveaux ;⏎ Les bizarres frissons dont la vierge s'étonne⏎ Quand l'été fait flamber les cœurs et les cerveaux ;⏎ ⏎ L'abominable toux du poitrinaire mince⏎ Le harcelant alors qu'il songe à l'avenir ;⏎ L'ineffable douleur du paria qui grince⏎ En maudissant l'amour qu'il eût voulu bénir ;⏎ ⏎ L'âcre senteur du sol quand tombent des averses⏎ Le mystère des soirs où gémissent les cors ;⏎ Le parfum dangereux et doux des fleurs perverses⏎ Les angoisses de l'âme en lutte avec le corps ;⏎ ⏎ Tout cela, torsions de l'esprit, mal physique,⏎ Ces peintures, ces bruits, cette immense terreur,⏎ Tout cela, je le trouve au fond de ta musique⏎ Qui ruisselle d'amour, de souffrance et d'horreur.⏎ ⏎ Vierges tristes malgré leurs lèvres incarnates,⏎ Tes blondes mazurkas sanglotent par moments,⏎ Et la poignante humour de tes sombres sonates⏎ M'hallucine et m'emplit de longs frissonnements.⏎ ⏎ Au fond de tes Scherzos et de tes Polonaises,⏎ Épanchements d'un cœur mortellement navré,⏎ J'entends chanter des lacs et rugir des fournaises⏎ Et j'y plonge avec calme et j'en sors effaré.⏎ ⏎ Sur la croupe onduleuse et rebelle des gammes⏎ Tu fais bondir des airs fauves et tourmentés,⏎ Et l'âpre et le touchant, quand tu les amalgames,⏎ Raffinent la saveur de tes étrangetés.⏎ ⏎ Ta musique a rendu les souffles et les râles,⏎ Les grincements du spleen, du doute et du remords,⏎ Et toi seul as trouvé les notes sépulcrales⏎ Dignes d'accompagner les hoquets sourds des morts.⏎ ⏎ Triste ou gai, calme ou plein d'une angoisse infinie,⏎ J'ai toujours l'âme ouverte à tes airs solennels,⏎ Parce que j'y retrouve à travers l'harmonie,⏎ Des rires, des sanglots et des cris fraternels.⏎ ⏎ Hélas ! toi mort, qui donc peut jouer ta musique ?⏎ Artistes fabriqués, sans nerf et sans chaleur,⏎ Vous ne comprenez pas ce que le grand Phtisique⏎ A versé de génie au fond de sa douleur !🏁
Submitted by laimargue - 04/10/2026
Poem Literature French 6.75 Ranked
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Chopin
by Maurice Rollinat
Chopin, frère du gouffre, amant des nuits tragiques,⏎ Âme qui fus si grande en un si frêle corps,⏎ Le piano muet songe à tes doigts magiques⏎ Et la musique en deuil pleure tes noirs accords.⏎ ⏎ L'harmonie a perdu son Edgar Poe farouche⏎ Et la mer mélodique un de ses plus grands flots.⏎ C'est fini ! le soleil des sons tristes se couche,⏎ Le Monde pour gémir n'aura plus de sanglots !⏎ ⏎ Ta musique est toujours - douloureuse ou macabre -⏎ L'hymne de la révolte et de la liberté,⏎ Et le hennissement du cheval qui se cabre⏎ Est moins fier que le cri de ton cœur indompté.⏎ ⏎ Les délires sans nom, les baisers frénétiques⏎ Faisant dans l'ombre tiède un cliquetis de chairs,⏎ Le vertige infernal des valses fantastiques,⏎ Les apparitions vagues des défunts chers ;⏎ ⏎ La morbide lourdeur des blancs soleils d'automne ;⏎ Le froid humide et gras des funèbres caveaux ;⏎ Les bizarres frissons dont la vierge s'étonne⏎ Quand l'été fait flamber les cœurs et les cerveaux ;⏎ ⏎ L'abominable toux du poitrinaire mince⏎ Le harcelant alors qu'il songe à l'avenir ;⏎ L'ineffable douleur du paria qui grince⏎ En maudissant l'amour qu'il eût voulu bénir ;⏎ ⏎ L'âcre senteur du sol quand tombent des averses⏎ Le mystère des soirs où gémissent les cors ;⏎ Le parfum dangereux et doux des fleurs perverses⏎ Les angoisses de l'âme en lutte avec le corps ;⏎ ⏎ Tout cela, torsions de l'esprit, mal physique,⏎ Ces peintures, ces bruits, cette immense terreur,⏎ Tout cela, je le trouve au fond de ta musique⏎ Qui ruisselle d'amour, de souffrance et d'horreur.⏎ ⏎ Vierges tristes malgré leurs lèvres incarnates,⏎ Tes blondes mazurkas sanglotent par moments,⏎ Et la poignante humour de tes sombres sonates⏎ M'hallucine et m'emplit de longs frissonnements.⏎ ⏎ Au fond de tes Scherzos et de tes Polonaises,⏎ Épanchements d'un cœur mortellement navré,⏎ J'entends chanter des lacs et rugir des fournaises⏎ Et j'y plonge avec calme et j'en sors effaré.⏎ ⏎ Sur la croupe onduleuse et rebelle des gammes⏎ Tu fais bondir des airs fauves et tourmentés,⏎ Et l'âpre et le touchant, quand tu les amalgames,⏎ Raffinent la saveur de tes étrangetés.⏎ ⏎ Ta musique a rendu les souffles et les râles,⏎ Les grincements du spleen, du doute et du remords,⏎ Et toi seul as trouvé les notes sépulcrales⏎ Dignes d'accompagner les hoquets sourds des morts.⏎ ⏎ Triste ou gai, calme ou plein d'une angoisse infinie,⏎ J'ai toujours l'âme ouverte à tes airs solennels,⏎ Parce que j'y retrouve à travers l'harmonie,⏎ Des rires, des sanglots et des cris fraternels.⏎ ⏎ Hélas ! toi mort, qui donc peut jouer ta musique ?⏎ Artistes fabriqués, sans nerf et sans chaleur,⏎ Vous ne comprenez pas ce que le grand Phtisique⏎ A versé de génie au fond de sa douleur !🏁
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